Référent Sécurité de la ligue Poitou-Charentes, Gérard Texier possède une longue expérience de la sécurité sur les épreuves.  Sa devise : « respecter la sécurité et les hommes chargés de la faire respecter ». L’occasion de faire un bilan.

 

 

 

Gérard, depuis quand t’occupes-tu de la sécurité sur les épreuves ?

Depuis 1995 avec la création de la Société Sport Avenir en collaboration avec une société d’assurances.

 

Es-tu à l’origine du fameux livre blanc (en 95) sur la sécurité publié par la ligue Poitou-Charentes ?

Pas personnellement à l’origine de ce premier document d’aide à la mise en place de mesures de sécurité sur les épreuves sportives automobiles et plus particulièrement sur les rallyes et courses de cote, mais j’ai participé à son évolution au fil du temps en allant sur le terrain

 

Ton rôle est double : la Sécurité sur les épreuves mais aussi dans le cadre de formations.

La sécurité proprement dite sur les épreuves est en premier lieu l’affaire de l’organisateur. Il est vrai que l’on me voit souvent dans un véhicule siglé SECURITE. Sur les épreuves j’interviens pour vérifier que les mesures prévues par l’organisateur dans le cadre des Règles Techniques de Sécurité (RTS) sont bien mises en place et respectées par les spectateurs. Au niveau de la Ligue régionale j’interviens en qualité de Référent Sécurité dans le cadre de la préparation du dossier RTS déposé en Préfecture et « conseille » les organisateurs sur les mesures prévues sur leurs épreuves. Je peux être amené à faire modifier, voir supprimer des Zones publics qui auraient été mal appréhendées, ou faire modifier des positionnements de signalétique tant pour la sécurité des spectateurs que des concurrents. Au niveau fédéral, je participe, comme tous les Référents Sécurité » des ligues aux travaux de la commission Sécurité Rallye. La FFSA élabore des « outils » pour avancer sur les problèmes de sécurité, et les référents sont les relais entre elle et les organisateurs pour la mise en place de ces outils. Je peux donc être amené à organiser et animer des séminaires sur ces sujets

Que proposes-tu pour sensibiliser les pilotes sur la sécurité ? On a parfois l’impression que certains ne se sentent pas concernés, et notamment dans les parcs d’assistance, où l’on remarque quelques incivilités.

Il est vrai, et je l’ai moi-même constaté, que certains concurrents, ou plutôt certains accompagnants participants à l’assistance, se moquent totalement des règles de base du bon comportement. Coté concurrents, j’ai fait personnellement l’expérience l’an passé d’un concurrent qui au mépris des règles de base a traversé un parc d’assistance d’une façon plus qu’inappropriée. Je dois d’être aujourd’hui ici et sur mais deux jambes qu’à un réflexe après avoir entendu les cris d’autres personnes présentes à proximité. Suite à cela, je suis allé voir ce concurrent et me suis fait plutôt mal recevoir, je passe sur ce que j’ai entendu. Ce genre de comportement est inacceptable et heureusement minoritaire. Il ne doit pas y avoir de demi-mesure pour ce genre de personnage, et c’est la mise hors course directe avec rapport à la Fédération et les conséquences qui vont avec.

Que penses-tu d’imposer une formation minimum sur la sécurité aux concurrents ?

C’est le grand point d’interrogation pour le Sport Automobile. Pour obtenir une licence fédérale de commissaire de route, il faut passer un examen. Idem pour les directeurs de Course et l’ensemble des licenciés encadrement. Toutes les formations qui précédent les examens comportent un volet Sécurité. Pour être concurrent, il suffit  faut avoir 18 ans, le permis de conduire, la licence délivrée contre un certificat médical et un chèque. Point. Et l’on va à l’aventure … Je pense que dans un premier temps, la délivrance d’une première licence de concurrent devrait passer par un stage de sensibilisation aux risques inhérents à la pratique de notre sport. Ce stage permettrait de présenter d’une part les différentes étapes d’une organisation, les rôles des différents intervenants dans les épreuves, (qui fait quoi : commissaires-relations concurrents-direction de course-collèges) et d’autres part toutes les obligations de connaissances de signalétique et de respect des règles de base en matière de comportement responsable et de respect d‘autrui. Une autre piste serait également d’obliger les concurrents à participer au moins 1 fois par an à une épreuve en qualité d’adjoint à un commissaire sur le bord de la route. Notre sport doit être le seul où il n’y a pas d’entrainement ou d’apprentissage. Même dans le Football il y a des écoles pour apprendre. En ski ou en judo, on change de grade quand tu as eu son « examen de passage ».

Les commissaires semblent avoir des difficultés à faire respecter la sécurité.

Les commissaires ont le rôle le plus difficile à tenir, et je tire mon chapeau à ces femmes et hommes qui œuvrent pour le bon déroulement des épreuves. Leur rôle est à la fois tourné vers les concurrents en signalant tout incident dans le déroulement de la course, mais aussi au niveau du public afin que celui-ci respecte les consignes de sécurité qui sont données. C’est aujourd’hui cette partie qui est la plus pénible à gérer. Le public est parfois irrespectueux envers eux et se positionne en toute inconscience dans des zones à risques. C’est là qu’est le problème, et malgré toute la bonne volonté du commissaire la situation n’est pas toujours gérable pour eux. Nous avons la chance toutefois d’avoir des commissaires formés dans de bonnes conditions et qui connaissent parfaitement les règles et les moyens mis à leur disposition, cela permet ainsi de les aider à régler des situations parfois difficiles.                                                                                                      

Le Poitou-Charentes est en pointe dans la sécurité. Comment cela est perçu dans les autres ligues où tu te déplaces et est-ce qu’elles prennent exemple sur ce qui se fait en Poitou-Charentes ?

Comme nous l’avons évoqué au début, les premières mesures mises en place sur le terrain en matière de Sécurité date de la création dans la ligue Poitou-Charentes, avec des hommes de terrains de cette ligue, de Sport Avenir, qui avec l’aide d’un assureur a mis en place Le livre Blanc. Durant de nombreuses années nous nous sommes déplacés sur tout l’hexagone pour sensibiliser nos collègues organisateurs à la nécessité de faire mettre en place une véritable « politique sportive sécuritaire » A ce titre nous sommes intervenus sur pratiquement l’ensemble du Championnat de France des Rallyes ainsi que sur de nombreuses autres épreuves Nationales ou Régionales. Ces interventions ont toujours été faites sur demande des organisateurs. Preuve est que le besoin existait et que notre démarche allait dans le bon sens. Personnellement, je suis assez heureux de voir que les bases que nous avons lancées depuis 1995 ont fait leur chemin, même si aujourd’hui il reste beaucoup à faire, principalement au niveau de l’éducation des spectateurs et de leur respect envers les organisateurs. Maintenant, c’est au niveau fédéral que se joue la suite de la partition avec les RTS et leur évolution dans le temps. Pour ma part, j’interviens annuellement sur une quinzaine de rallyes pour apporter un œil externe sur ce qui est mis en place en matière de sécurité. Si je suis demandé, c’est pour l’expérience que j’ai acquise au fil des ans de par mon implication dans nos organisations locales, mais aussi par l’évolution des mesures mises en place par les autres organisateurs, car en matière de sécurité, c’est de l’expérience de chacun que peut ressortir ce qu’il y a de mieux pour tous

A ton avis pourquoi a-t-on beaucoup de mal à trouver des commissaires ?

Il est vrai qu’à l’heure actuelle, les organisateurs ont plus de mal à trouver des commissaires. Il faut tout d’abord constater que cette catégorie de licenciés est vieillissante (comme en règle générale tous les licenciés encadrement) et qu’il y a peu de jeunes pour reprendre le flambeau. D’autre part le manque de considération par le public sur le bord de la route les pousse à préférer le circuit au rallye. Enfin, il n’y a pas de véritable politique de recrutement et ce à tous niveaux de notre organisation, de la FFSA à l’ASA.

 

                                                                                            Propos recueillis par Gérard Coëffe

 

 

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